POÈMES

PAPILLON
Aux prémices d'un nouveau matin,
Alors que lumières et ténèbres se disputent encore le ciel,
Dans le silence et l'ombre d'un jardin,
Un papillon étend ses ailes.

Majestueux,
Coloré de vert, de jaune et de bleu,
Pour l'heure il se repose
Sur les pétales d'une rose.

Puis, lorsque vient enfin l'instant
Propice à son envol,
C'est dans un léger battement

Étouffé qu'il décolle
Pour s'en aller toujours plus haut, toujours plus loin,
Chercher de nouveaux lendemains...


L'IDIOT VISUEL
Avachi dans son canap',
Perfusé à sa télé,
Il dégaine, il tire, il zappe,
Sans prendre la peine de cogiter.

Sous un déluge d'infos, d'images,
Il se complait dans l'ignorance,
Abruti depuis l'enfance,
Il consomme les guerres, les carnages.

Dans les feuilletons, dans les journaux,
C'est toujours le même numéro:
Les gens crèvent pour un "oui", pour un "non",
Les chaînes le prennent pour un con.

Bien au chaud devant son écran,
Il en oublie le monde extérieur.
Coquille vide dorénavant,
Notre abonné se meurt.

Puisse-t-il seulement avant l'irréparable,
Eteindre, de la société, ce miroir déplorable,
Piétiner avec joie son bouquet satellite,
Ouvrir la porte en grand, prendre la fuite.


ELLE
Dans la nuit noire et froide d'un soir de janvier,
Sous la lumière des réverbères et du ciel étoilé,
Elle court et court sans savoir où aller.

Projetant son ombre, immense, sur la surface blanche des murs,
Se faufilant parmi les piétons et les voitures,
Elle court et court sans jamais se retourner.

Tourmenté, son esprit est ailleurs;
Elle ne voit ni n'entend
Autre chose que les appels déchirants
De son âme et de son coeur.

Au loin, les douze coups de minuit sonnent,
Les pneus crissent et le klaxon résonne:
Elle tombe sur l'asphalte et dans un sommeil
Dont, jamais, personne ne s'éveille...


CYCLOPE
Dressé, fier et droit comme un "i",
Affrontant vaillamment les éléments déchaînés,
Petite lumière vacillante au milieu de la nuit
Qui vient en aide aux navires égarés.

Sentinelle toujours fidèle au poste,
Régulière, sa lueur,
Comme un battement de coeur,
Clignote.

Edifice lentement sorti des eaux
Grâce au labeur de toutes ces mains,
Merveilleuse histoire qui, malgré l'usure des flots
Unissait jadis le feu à son gardien.

Si l'on aperçoit encore sa silhouette fantomatique,
Son rythme cardiaque, lui, s'est fait froid, automatique.
De toute vie, les hommes en ont soufflé la flamme,
Désormais vide, le phare a perdu son âme.


QUI DONC ES-TU, BELLE INCONNUE ?
Je me promène avec toi dans les prés,
Main dans la main, nos doigts entrelacés.

Près du ruisseau, nous nous asseyons,
Ta tête, frêle, posée sur mon épaule;
Doucement, nos lèvres se frôlent
Cependant que le soleil nous darde de ses rayons.

Tu murmures à mon oreille tes pensées les plus secrètes,
Tes joies, tes peines, tes souvenirs, tes voeux,
En mon coeur je sens que tu es celle qui, pour moi est faite,
Toi. Moi. Nous. Tous les deux.

Bouche contre bouche,
Peau contre peau,
Je te caresse, je te touche,
Et rien au monde ne saurait être plus beau.

Qui donc es-tu, belle inconnue ?
Car si je peux te sentir, te goûter,
T'entendre et te toucher,
Ton visage toujours s'évertue à se dissimuler à ma vue.

Tu existes, je le sais
Et de par le monde, je te trouverai.

Pour l'heure, c'est avec toi dans mes bras que ce rêve se termine,
Ta silhouette s'estompe et ton sourire je devine
Alors, à regret, je me lève avec pour seule envie
Celle, déjà, de me rendormir pour te rejoindre cette nuit.


QUAND VIENT LA NUIT...
Cependant que, du soleil, disparaissent les rayons,
Que s'allongent lentement les ombres des maisons,
Que du sol se lèvent les premiers voiles de brume,
Dans le ciel, une à une, les étoiles s'allument.

Arrive alors le moment
Où, sur leurs plus beaux attelages
De licornes et de chevaux d'argent
Descendent les anges du royaume des nuages.

Chacun de leur côté, rapidement ils s'en vont
Dans toutes les villes, dans toutes les directions,
Portés au hasard par le souffle du vent,
Se glisser sans bruit dans les chambres d'enfants.

Là, penchés sur les lits, ils veillent
Attentionnés, sans relâche jusqu'au matin,
Sur la tranquillité, la profondeur du sommeil,
Les rêves de ces autres chérubins.


PRÈS DE LA FONTAINE
Au jardin public, assis sur un banc,
Par l'un de ces après-midis d'automne
A la fois si tristes et si monotones,
Je laisse mon regard s'attarder sur les passants.

J'essaie de lire en eux
Comme dans un livre
Et, à cet exercice auquel je me livre,
Je me laisse prendre peu à peu.

Il y a, sur ces visages croisés,
Autant d'expressions d'humeurs
Que de nuances de couleurs
Sur la palette d'un peintre inspiré.

Je me lève et, avant de poursuivre mon chemin,
Je remarque cette jeune fille qui m'observe en coin.
Instinctivement, nous échangeons un sourire complice.
A-t-elle trouvé en moi une histoire dont elle s'est fait la lectrice?


LE DERNIER POÈTE
Au coeur d'une vallée
Loin des hommes et d'leurs cités
A longueur de journée
Il couche des phrases sur le papier
Le matin près du ruisseau
A l'ombre d'un grand peuplier
Il s'assoit les pieds dans l'eau
Et regarde le soleil se lever
La vie n'lui a pas fait d'autre cadeau
Que celui d'savoir se servir de son stylo
Alors parce que c'est tout ce qu'il sait faire
Ses rêves il les transforme en vers

Dans les immeubles dans les bureaux
On se cache derrière des fenêtres
Lui il joue avec les mots
Et il n'en fait qu'à sa tête

Il n'a besoin de rien
Seulement d'un crayon dans la main
Il se suffit à lui-même
Et sa vie c'est comme ça qu'il l'aime
C'est pas un raté un proscrit
Juste un type épris de poésie
Qui n'pense qu'à une seule chose
Celle de faire des rimes de la prose
Il est devenu celui qu'il voulait
Pas celui qu'on lui imposait
Il a pris le parti d'être
Plutôt que celui de paraître

Sur tous les continents partout sur la planète
Le monde entier court à sa perte
Lui il a quitté la ville pour se réfugier dans la nature
Et à demeure il en a fait son lieu de villégiature

Lorsqu'il noircit ses pages
De poèmes de nouvelles
Il fait croire ses personnages
Aux étoiles et au ciel
Jour après jour pourtant ses écrits
Se font mélancoliques et tristes
C'est parce qu'au fond de lui
Se meurt doucement son âme d'utopiste
Et si le soir souvent il pleure
C'est parc' que dans ce p'tit coin de paradis
Il s'ennuie

Il a des pâquerettes dans la tête
La folie remplit son coeur
Sa passion est pleine d'ardeur
D'entre nous c'est le dernier poète


LISON
Petite fille prends ma main
Ferme les yeux
N'pense plus à rien
J't'emmène pour un merveilleux voyage
Dans les cieux au-dessus des nuages
Laisse-toi faire n'aie pas peur
Monte plus haut écoute ton coeur
Admire ce monde qui s'offre à toi
Qui te sourit et t'tend les bras
Suis cette voix qui t'appelle
Qui te pousse vers le soleil
Là-bas d'l'autre côté du temps
Tu verras c'est l'firmament
Y'a des girafes des éléphants
Des milliers d'poissons d'argent
Des licornes et des lutins
Des sirènes et des dauphins
Tout c'que t'as envie de voir
Y est pour ça suffit d'y croire

Petite fille prends ma main
Ferme les yeux
N'pense plus à rien
J't'emmène pour un merveilleux voyage
Dans les cieux
Au-d'ssus des nuages
Grimpe au sommet de l'arc-en-ciel
Redresse-toi déploie tes ailes
Envole-toi jusqu'au matin
Et oublie tout ton chagrin
Laisse les caresses du vent
Apaiser tous tes tourments
Tire un trait sur le passé
Et passe de l'autre côté
Tout est fini rien n'a plus d'importance
Avec moi pour toi une autre vie commence
Loin de l'hôpital des docteurs des infirmières
Des examens des radios et des scanners
Dans ce monde rempli d'amour
Pour toi maintenant sera toujours

Petite fille lâche ma main
Ouvre les yeux
Tout va très bien
Nous v'là arrivés au-d'ssus des nuages
On est aux cieux
C'est la fin du voyage

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